Végétarisme : entre définition & réalité

Hier, vous avez peut-être découvert un très bon article d’Eleusis & Megara : Végétarisme, poissons & crustacés ? Pourquoi ils comptent aussi. Si ce n’est pas encore fait, je vous invite à le faire parce qu’il est le point de départ parfait pour cet article que j’avais rédigé un peu plus tôt dans la semaine.

Au sens strict, un végétarien ne mange aucune chaire animale, peu importe qu’il s’agisse d’animaux terrestres ou marins. Pas de viande, pas de poisson, pas de fruit de mer. Et pourtant, j’en connais beaucoup qui se définissent comme végétariens tout en mangeant du poisson ; tout comme dans l’imaginaire collectif on fera cuire un bon petit poisson à l’invité végétarien du dîner qui ne voudra pas du bon rôti. Je schématise mais c’est un fait.
A la limite, si tu manges du poisson, tu pourrais dire que tu es pescétarien (ou pesco-végétarien). En soi, ça ne veut pas dire grand chose : soit tu es végétarien, soit tu ne l’es pas et tu es donc tout au plus omnivore mais sélectif dans tes aliments.

Le « végétarisme » (au sens large) fait de partie de ma vie depuis un bon moment. Histoire de goûts, d’idéal, de convictions. Mais si j’utilise les guillemets c’est parce que selon la définition vu juste au-dessus, je ne suis pas vraiment végétarienne (au sens strict, et donc la seule définition qu’il conviendrait d’utiliser) bien que je me sente comme telle.

Explications.

Mes choix alimentaires ont suivi une évolution progressive (que je détaille pas mal ici d’ailleurs) et j’ai donc progressivement délaissé le poisson, tout en conservant quelques exceptions. Quelles exceptions ? Les acras de morue, les moules-frites, les Saint-Jacques, les écrevisses, le saumon fumé. Je crois qu’aujourd’hui c’est absolument tout ce qui restait de mon passé d’omnivore (bien que n’ayant jamais été une dingue de viande, loin de là). J’étais alors capable d’en manger (par défaut) mais c’est devenu de plus en plus épisodique voire rarissime. Des exceptions peut-être à 3 repas sur les 700 annuels (midi & soir). Sauf qu’on est bien d’accord, il suffit d’une exception pour ne pas être végétarienne…

Même si pour la grande majorité des gens, à chaque fois que je dis « je ne mange pas de viande », ça ne loupe pas : « ah, tu es végétarienne toi » ! Et bien non, c’est un peu plus compliqué que ça !

Toujours est-il qu’à la suite à de nombreuses réflexions personnelles, la « végétarienne » que je suis aujourd’hui est différente de celle d’hier et certainement de celle de demain. Plus engagée, plus cohérente. Difficile de réduire à un mot la foule de pensées et de règles de vie qui font maintenant mon quotidien, tout en étant un peu obligée de le faire pour résumer mes choix aux yeux des autres. Pédagogie, simplicité, facilité, peu importe.

Flexitarienne alors ? Pas du tout. D’ailleurs, s’il y a bien une notion que je trouve ridicule et inutile, c’est bien celle-là. Au début de mon « végétarisme », je faisais de nombreux efforts pour manger un mini-morceau de viande chez nos hôtes – par politesse et éducation – ou pour ne pas me faire remarquer au restaurant lors d’un déjeuner professionnel. Puis les convictions faisant leur chemin, j’ai fini par refuser de m’obliger à manger quelque chose que je ne voudrai pas. Tout comme moi je n’oblige personne à ne pas manger ou à manger quelque chose que je décide. Je suis en bonne santé non ? Alors je fais comme je l’entends. Je ne mangerai pas du rôti et je me contenterai tout simplement de grignoter les quelques pommes de terre d’accompagnement et basta.

Je n’adapte pas ma consommation aux circonstances, aux personnes ou aux lieux qui feront le cadre de mon repas. Plus maintenant. Parce qu’il me serait tout bonnement impossible de revenir à la consommation de viande, parce que j’ai diminué ma consommation de poisson jusqu’à la rendre quasiment nulle, parce que le peu de fois où je mange des acras par exemple, je finis par culpabiliser même si j’adore ça. Comme si je trahissais mes convictions. La morue dis-donc, c’est un poisson, c’est un être vivant, comme les autres que tu refuses de manger ! 

Pas tout à fait végétarienne, pas du tout flexitarienne, mais alors je suis quoi ? 

Parler de mon « végétarisme » et des prises de conscience qui s’y rattachent m’ont poussé à m’intéresser de plus en plus à l’industrie agro-alimentaire (élevage, abattage…), aux végétaliens et au mode de vie vegan. Une curiosité qui a remis en cause bon nombre de certitudes sur mes choix alimentaires que je pensaient déjà tout à fait louables…

Je bois du lait. Et j’adore ça. Depuis toute petite, j’en prends un bol glacé tous les matins. Et pourtant, des veaux sont séparés de leur mère et tués pour la boucherie histoire qu’on garde le lait pour nous. Et oui, c’est un lait maternel destiné à nourrir une petite vie fraîchement arrivée et à mon âge c’est complètement incohérent. Sauf que c’est peut-être très bête mais le poids des habitudes et les communications ministérielles suffisaient à ce que je ne me sois jamais posée de telles questions… et parce que c’était même une très bonne chose d’en boire : du calcium, des os solides.
Aujourd’hui, je bois toujours du lait mais beaucoup moins. Le grand bol est devenu un petit mug, le « tous les jours » systématique est devenu 3/4 jours par semaine. A mon échelle, ce n’est pas grand chose et ça peut paraître ridicule, mais c’est pourtant bien le signe pour moi que quelque chose a changé. 

Ma naïveté, mon ignorance. On peut se contenter de fermer les yeux, en profitant de la vie sans se soucier des dommages collatéraux. Même si à ma petite échelle, mes actions ont une faible portée. A ce moment-là on est censé me parler de mes chaussures ou sacs en cuir, alors je vous renvoie vers l’article suivant : Végétarien, sois irréprochable sinon rien.

J’adore le fromage. Et j’ai découvert ce qu’était la présure sans jamais m’être posée la question auparavant. Et alors, c’est de la poudre magique ? Et bah non, pas du tout. C’est une substance qu’on extrait de l’estomac des jeunes ruminants (veaux, chevreaux, agneaux). Dans mon idéal, je ne veux manger aucune chaire animale et a fortiori rien ayant nécessité son abattage. Sauf qu’à preuve du contraire, pour lui prendre cette substance au jeune ruminant, et bien on l’a tué. Quand on sait qu’il existe des coagulants végétaux ou de synthèse, la solution est simple : ne manger aucun fromage réalisé à base de présure animale. Où se situe le végétarisme à ce niveau-là ?

Alors on pourrait me dire – très justement – pourquoi se prendre autant la tête à vouloir définir tout ça ? Et bien parce que finalement, pour beaucoup ces nuances sont juste la manifestation de choix alimentaires non assumés. Et bien que je puisse le comprendre quand on parle de flexitarien, je ne suis pas complètement d’accord.

Disons qu’au travers de cet article à rallonge, il me semble tout aussi important de parler de convictions et des raisons pour lesquelles ont choisi un mode alimentaire plutôt qu’un autre, au-delà du terme qu’on emploie et de l’étiquette qu’on peut se coller.

Alors bien qu’il y ait des contradictions dans mon discours, et je le reconnais volontiers, je me toujours sentie plus proche d’être une végétarienne (à 99%) qu’une omnivore (à 50% alors)  même si on me reprochera peut-être d’abuser du terme sans pouvoir y prétendre. Et pourtant, il y a deux jours encore lors d’un cocktail, j’ai vu du saumon fumé, sans en prendre. J’adorais ça avant mais la végétarienne d’aujourd’hui n’a pas songé un seul instant à en manger, pas d’envie. Et un jour, ce sera très certainement pareil pour les autres exceptions de ma liste.

Imparfaite mais consciente.

Encore un peu plus près de l’idéal par lequel je me définis aujourd’hui. Végétarienne.

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7 comments to Végétarisme : entre définition & réalité

  • très intéressant de lire l’expérience des autres :) je suis végétarienne depuis 5 ans, et quand je le dis au cours d’une conversation, j’ai quasi systématiquement droit à: « mais tu manges du poisson quand même? » ou pareil mais avec le poulet. Genre le poisson et le poulet, ça pousse dans les arbres. ^^
    Je pense qu’on a tous des incohérences, personne n’est parfait, et on fait ce qu’on peut à notre échelle. Aussi, je pense qu’il faut aller à son rythme et ne pas « abandonner » trop tôt certaines choses, au risque de ne pas tenir sur la durée. En ce qui me concerne, j’ai toujours plus ou moins su que j’allais être végé, mais ça m’a pris des années pour passer le cap. Mais comme je l’ai fait à un moment où j’étais prête, je ne l’ai absolument pas vu comme un sacrifice ou quoi que ce soit de négatif. On me demande parfois si la viande me manque, et la réponse est non, sans hésiter.
    Par contre, comme toi, au début, par politesse, pour pas me faire remarquer, pour continuer à rentrer dans le moule, je n’osais pas en parler, le mentionner, etc. Y a tellement d’incompréhension et de jugement que c’est dur de s’affirmer, je trouve.
    Bref, j’arrête là mon pavé ^^

    • Virginie | Paws & Shoes

      Oh mais tu aurais pu continuer ton pavé encore longtemps ;) c’est toujours intéressant de connaître les expériences des autres à ce sujet !
      Comme toi la viande ne me manque absolument pas, comme les autres aliments que j’ai abandonnés. Il y a un moment où nos choix alimentaires coulent de source sans apparaître comme une interdiction ou un sacrifice, et une fois que c’est fait, je trouve qu’on se sent rudement bien. :)

  • J’ai beaucoup apprécié ton article, tout en nuances !
    Je ne suis ni végétarienne, ni peco-végétarienne, ni vegan mais une bonne vieille omnivore (intolérante au gluten) – qui fait attention à réduire sa consommation de viande et qui choisit ses poissons en fonction de leur provenance et de la saison pour le bien de notre bonne vieille planète bleue – mais je ne comprends ce besoin de Monsieur Toulemonde de faire rentrer des gens dans les cases à tout prix… En tous cas, continue à faire comme il te semble juste et bon pour toi, c’est toi qui décide de ce qui rentre (ou pas) dans ton assiette ! :)

    • Virginie | Paws & Shoes

      Merci beaucoup pour ton commentaire plein de bon sens :) ! En effet j’ai l’impression parfois que ces mêmes cases prennent le dessus sur les motivations et aspirations de chacun. C’est parfois un peu simpliste mais c’est vrai que moi-même, ça m’évite de rentrer dans de longs débats et considérations quand je dois expliquer ce qui ne rentre ou pas dans mon assiette !

  • Et bien écoute je ne peux que t’encourager!!C’est un long cheminement personnel avant de devenir végétarien, végétalien puis vegan.
    Mais une chose est sur, tu as pris conscience de tout ça et si tout le monde pouvait le faire, je pense qu’on verrait déjà beaucoup de changement !!!

    • Virginie | Paws & Shoes

      Merci pour ces chaleureux encouragements :) ! Beaucoup de gens n’ont pas envie d’en savoir trop de peur d’être dégoûtés et de devoir quitter une certaine sérénité et confort… mais je crois que dès qu’on commence à me remettre sa consommation et son alimentation, la mécanique est amorcée et on ne peut plus faire marche arrière ! ;)

  • Re-coucou Virginie,
    Je me dois de mettre un petit commentaire ici, ne serait-ce que pour faire le parallèle avec mon article (au cas où un végétalien ait craqué pour des œufs et se sente coupable, voici l’article : http://sweetieveggie.overblog.com/j-ai-achete-quatre-oeufs , que toi tu as déjà lu).
    Déjà, je vois que ton article date de mars, peut-être as-tu encore un peu « évolué » depuis lors. En tout cas, j’adore ta façon d’expliquer que oui il a fallu tuer un veau pour manger le fromage, ou séparer un petit de sa maman pour boire le lait, mais que tu le fais quand même, mais moins de fois et en toute conscience.
    Il ne faut pas croire que ce soit simple de devenir végétarien ou végétalien ou végan et de le rester. Si seulement les étiquettes n’étaient plus de mise.
    « Fléxitarien » est une étiquette comme une autre, au contraire je la trouve peut-être moins pire qu’une autre car elle n’est pas bien définie. De ce fait, quelqu’un qui veut agir mais a du mal à le faire, et craque parfois pourrait « se définir ainsi » au nom de la société/du regard des autres/des jugements inévitables. Que tout le monde devienne fléxitarien serait une bonne base à mon sens. Quoi qu’il en soit, je n’aime pas vraiment les étiquettes… Enfin sauf celle-ci : « imparfaite mais consciente ». Merci :)

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