Végétarienne lobotomisée ?

Et voilà ! Encore une fois cette semaine, je me suis heurtée à l’éternelle incompréhension végétariens – « carnivores » où mes choix alimentaires ne seraient dictés que par la propagande contre l’industrie agro-alimentaire. Et moi, sans recul ni analyse critique, je goberais bêtement tout ce qu’on me dit.

Bizarre. La semaine dernière, le Huffington Post publiait encore un article qui a fait couler beaucoup d’encre et pianoté beaucoup de doigts sur les claviers, posté et re-posté sur Twitter et Facebook : les vaches fournissant Mc Do ne tiennent pas debout. Si le fait d’envoyer des bêtes à l’abattoir alors qu’elles ne tiennent pas debout est interdit depuis la crise de la vache folle, ce sont surtout les mauvais traitement infligés aux vaches qui me font hurler.

Et comme à chaque fois sur ces sujets, c’est le dialogue de sourd… Pourquoi manger moins de viande ? Pourquoi se priver et faire le choix du végétarisme, c’est contre nature. C’est bon, c’est la loi de la jungle… Entre autres.

Ce débat m’a donc vite ramené à un précédent article où mes échanges avec des végétaliennes m’avaient fait remettre en question pas mal de choses et même affirmer plus encore des convictions bien ancrées en moi (bien que certains les trouvent déjà « extrêmes »). J’ai éradiqué de mon alimentation la viande, rouge ou blanche, depuis un moment déjà, par convictions, mais ce n’était pas suffisant.

Je m’explique.

Il y a une quinzaine d’années, lors d’un week-end à la campagne, je découvrais avec effroi qu’un mouton que j’avais vu dans les champs le matin-même, était bien celui qui venait d’être égorgé et dépecé dans le hangar au fond du jardin. Sans assister à la scène, je suis tombée sur la carcasse, pendue par les pattes.

Ce jour-là, j’ai pris conscience que la bête mignonne que je câlinais était la même que celle que j’avais dans l’assiette. Non pas que ce soit une révélation et que je sois idiote au point de ne pas savoir qu’un steak était une vache, mais une nouvelle image venait de germer dans ma tête : manger de la viande, c’est manger du cadavre. Avoir des chairs en putréfaction dans l’estomac. C’est dire la vision que j’en ai.

Du coup, je suis passée par une première phase où je pouvais encore manger quelques morceaux de viande (jambon blanc, boeuf, poulet) si celle-ci était « cachée ». Dis comme ça, ça peut paraître obscur et ça m’a surtout valu quelques moqueries.
Disons que je supportais la viande tant que celle-ci n’était pas clairement identifiable à la vue et au goût : des nems au poulet par exemple où les légumes prenaient le dessus. Et je mangeais de la même manière un Big Mac à Mc Do parce que le steak n’était pas sanguinolent et que ça ne ressemblait pas à de la vraie viande. On en revient d’ailleurs à la fameuse vidéo sur les vaches McDo.

Puis j’ai fini par ne plus vouloir manger de viande, du tout. Ni rouge, ni blanche, ni cachée, ni rien. Et j’ai aussi fini par réduire ma consommation de poisson et des quelques fruits de mer que je mangeais, parce qu’eux aussi sont des animaux. Réduire sans vraiment arrêter, parce qu’à force de l’entendre, je m’étais aussi persuadée qu’il fallait tout de même se forcer à en manger un peu, pour sa santé, pour éviter les carences…

Aujourd’hui, quand on me demande si je suis végétarienne, je dis oui, pour résumer. Mais en toute honnêteté, je dois dire que je ne peux pas dire que je le suis à 100% mais à 99%. Les végétariens/végétaliens « purs et durs » ne le comprendront peut-être pas : après tout, on est végétarien ou on ne l’est pas, point. Mon « végétarisme » a suivi une évolution progressive au travers de laquelle il s’est intensifié mais finalement, quelques choses subsistent encore. Et la nuance est importante. Je peux manger des mini-crevettes, j’aime le saumon fumé et les moules-frites, et  je suis dingue des accras de morue. Même si je l’avoue, j’en mange de moins en moins.

Alors certes, il n’est pas question de « viande » mais de « poisson » et si dans l’imaginaire collectif un végétarien en mange, ce n’est pas le cas. Et quoi qu’il en soit, on fait des différences parce qu’entendre une vache ou un cochon hurler lors de la mise à mort ou parce qu’on trouve un lapin trop mignon, mais il est tout aussi fastidieux de voir un poisson agoniser en dehors de l’eau ou voir un homard se débattre dans la marmite d’eau bouillante dans laquelle on le plonge (quand on ne le met pas au four vivant, comme Monsieur Ducasse…).

Je ne pousse pas les autres à passer du côté « obscur » du végétarisme mais c’est l’industrie agro-alimentaire que je refuse de cautionner et il serait temps qu’on ouvre les yeux sur la réalité des choses plutôt que de se donner bonne conscience : c’est de la propagande tout ça ! Des bêtes entassées dans des wagons ou des camions pour l’abattoir, nourries aux graines trafiquées qui les engraissent au point de leur faire se briser les pattes sous leur propre poids. Des oies gavées comme on remplirait des coussins de bourre pour faire gonfler leur foie.
Tant de souffrances, décorrélées du besoin primaire de se nourrir et à l’encontre du respect de la vie.

Et quand on me dit que ne plus manger de viande est contre-nature, l’être humain étant naturellement un carnivore, je me dis qu’il faut effectivement replacer certaines choses dans leur contexte ! Non, ce n’est pas synonyme de carences et de santé dégradée. Au contraire. Il a été prouvé plus d’une fois, études scientifiques à l’appui, que la consommation régulière et excessive de viande (rouge notamment) accroît les risques d’accidents cardio-vasculaires, etc. Oui, manger moins de viande est bon pour la planète. L’élevage intensif appauvrit la planète de ses ressources (eau, sols…) et accroît l’effet de serre. Et plus encore.

D’ailleurs, je vous invite à découvrir les très bons articles d’Antigone XII. Bien qu’il soit question d’une alimentation 100% végétale, ils ont le mérite d’être clairs, accessibles et complets pour constituer de bons éléments de réponse sur le chemin du végétarisme. Pourquoi choisir un mode d’alimentation 100% végétal ? Pour la planète, la santé, les animaux et les hommes.

Puisqu’on en parle…  Je bois du lait froid au petit-déjeuner, je suis folle du fromage et les yaourts sont mon repas du soir. Alors pourquoi ne vais-je pas plus loin et ne suis-pas végétalienne ?

Au départ, je comprenais mal le végétalisme. Je me disais que c’était normal de ne pas vouloir manger d’animal mais je ne voyais pas en quoi manger quelque chose d’origine animale, où l’animal n’a pas souffert (lait, oeufs, miel), pouvait être un choix de vie, et selon quelles convictions ?

Je me suis renseignée sur le sujet et finalement, quand on pense aux poules et porcs de batterie qui peuvent à peine de se retourner dans leur cage, confinés et rangés comme on entasserait des cartons. Aux poussins mâles écrasés au rouleau compresseur pour ne conserver que des poules pondeuses. Aux vaches, chèvres et brebis, réformées (envoyées à l’battoir) dès qu’elles sont moins productives… Ca dégoûte vite des oeufs, des fromages et du lait puisqu’on finit par participer à de telles horreurs.

Pour ma part, je fais la différence entre un problème de fond et un problème de fait. Le problème de fond, c’est pour moi de manger de la viande parce que c’est manger le cadavre d’un être vivant. Soit. Manger des oeufs ou boire du lait ne me dérange pas (au contraire, j’adore ça) mais il y a un problème de fait : l’industrie agro-alimentaire ne respecte pas les animaux qui servent pourtant sa survie, ils sont exploités jusqu’à la moëlle comme on presserait un citron pour en sortir tout le jus et le mettre à la poubelle après.

Je ne cherche pas à moraliser ou me donner bonne conscience mais j’aimerais qu’enfin, les « carnivores » essayent un peu de comprendre ceux qui ne le sont pas, en s’ouvrant à eux pour en connaître les vraies motivations et réflexions, comme moi je l’ai fait en m’intéressant au 100% végétal.

Si seulement les gens faisaient preuve d’un peu plus d’empathie… envers les autres et les bêtes.

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6 comments to Végétarienne lobotomisée ?

  • Ce qui est marrant, c’est que tu parles des « carnivores », et je le comprends parce que de nombreuses personnes se désignent comme telles, or ils ne le sont pas. L’humain peut manger de la viande, ça ne fait pas de lui un carnivore, mais un omnivore, parce qu’il se nourri également de végétaux. C’est drôle cette volonté de beaucoup de gens de se dire fièrement ‘assassin’ en quelque sorte. Mais bon, ça n’est pas le sujet de ton article.

    En fait, j’ai l’impression que ce que tu décris dans ton article, c’est ta volonté de ne pas faire de mal, opposée à ta difficulté à l’assumer dans notre société qui ne comprends pas ça. D’ailleurs il se pourrait que ce soit une des raisons qui font que tu manges encore un peu de chair animale (quelques infos sur le poisson qui peuvent t’intéresser : http://revegezvous.unblog.fr/la-charte-des-droits-de-lanimal-unesco/les-poissons-et-crustaces-ressentent-la-douleur/). Si le végétarisme et le végétalisme étaient mieux acceptés, il serait plus facile pour ceux qui y sont sensibles de mettre en pratique leurs valeurs au quotidien.

    Je comprends ce que tu appelles « question de fond » et « question de forme ». J’ai moi-même pensé de cette manière à un moment et ce n’est pas idiot. Oui, l’exploitation n’est pas la mort directement et pourtant… peut-on refuser le meurtre et fermer les yeux sur l’esclavage (qui se termine d’ailleurs par le meurtre) ? Pour moi les deux -étroitement liés- devraient ne pas exister.
    Alors oui, quand on mange par exemple un oeuf, on ne tue pas directement un animal (mais ce n’est pas vrai pour plupart des fromages qui contiennent de la présure animale). Toutefois on exploite directement une poule pondeuse -et comme tu le dis l’industrie les presse comme des citrons- et indirectement on la tue, elle -qui finira bien sûr à l’abattoir- et nombre de ses congénères (tu as parlé du broyage des poussins, etc).
    Finalement, le fond et la forme se rejoignent et ne peuvent pas vraiment être démêles. La seule chose qui diffère c’est qu’avec un animal dans notre bouche, on mange directement un cadavre alors qu’avec un oeuf ce n’est pas le cas, mais la mort et la souffrance sont pourtant bien là.

    En tout cas, tu fais ton chemin et c’est très bien, continue de te renseigner et d’avancer à ton rythme, tu sais bien que tu n’es pas lobotomisée.
    ;-)

    • Virginie | Paws & Shoes

      Tu as tout compris ! Et merci mille fois pour commentaire qui me rassure tout de même sur un point : je ne suis pas la seule à avoir ce genre de réflexions…
      L’article sur les poissons et les crustacés est très intéressant et aborde justement la nouvelle étape que je franchis, je vais m’empresser de le diffuser !
      Quand certains voient une « régression » dans l’intensification de mes choix en matière de végétarisme, moi j’y vois une progression, en me disant que je me rapproche toujours un peu plus de mon idéal où ma consommation serait au maximum en accord avec mes convictions ;).

  • En fin de compte, la souffrance est toujours là.

    C’est drôle comme on (je me comprends dans le lot) s’attache dur comme fer à la question de savoir si nos actes sont cohérents au regard de la société, démarche ô combien anthropocentriste… Et pendant ce temps, les principaux intéressés sont abattus sans aucune considération, sans reconnaissance, après une vie entière de misères que nous autres humains, ne supporterions pas au millième.

    J’ai tendance à croire qu’une seule question compte vraiment, et c’est à eux qu’elle devrait être posée : « êtes-vous heureux ? ». La réponse, nous la connaissons tous.

    Ce que nous savons moins, c’est les alternatives qui existent et les diverses manières de les mettre en place. Merci de les aborder, merci d’interroger tout un système de pensée duquel on ne s’émancipe qu’en acceptant d’ouvrir grand les yeux.

    Une néo-veggie,
    vraiment pas fière de ne pouvoir en faire plus (pour l’instant ?).

    :)

    • Virginie | Paws & Shoes

      Je dirais qu’on ne parle pas des alternatives parce que la majorité des gens refuse d’ouvrir les yeux sur les réelles atrocités qui existent dans les élevages et les abattoirs. Il a suffi de voir la vidéo des vaches Mc Do pour que les gens s’insurgent contre quelque chose qui est pourtant loin d’être nouveau… mais on préfère se dire que non, ça n’existe pas (ou tout du moins épisodiquement) et qu’on ne participe pas à ça.
      Et c’est ce qui me désole.
      Encore cette semaine on m’a dit que mes choix étaient exagérés parce que les animaux ne sont pas nos égaux, et blabla. Ça n’empêche pas de les traiter avec un minimum d’humanité et de respect… bah faut croire que non puisqu’on prend ça pour de la « sensiblerie ». Et pourtant ces mêmes personnes se sont retrouvées choquées de découvrir des pratiques aussi abjectes que cruelles.
      C’est suffisamment moche pour qu’on s’offusque mais pas assez pour qu’on veuille changer les choses.
      Merci en tout cas pour ton commentaire de néo-veggie qui se débrouille pas si mal ;)

  • Je me reconnais beaucoup dans ton article : une évolution progressive, notamment due à la vie en société. Comme toi au début, je n’avais pas bien saisi le principe du végétalisme mais maintenant je le comprends complètement. Je me dis qu’un jour, je vais finir par arrêter d’acheter des yaourts, du fromage ou même des gâteaux contenant des œufs. Ce qui au final n’est pas si simple car il faut du temps pour cuisiner et remplacer tout ça par des produits faits-maison…mais c’est une évolution et surtout pour être complètement en accord avec sa façon de pensée.
    Bonne soirée à toi !

    • Virginie | Paws & Shoes

      J’ai l’impression que c’est une évolution suivie par de plus en plus de monde ! Autour de moi aussi, des gens dingue de viandes ont fini par en manger de moins en moins en découvrant la réalité de ce qu’on nous fait manger : aussi bien pour l’horreur que pour le sentiment de manger des produits industriels bourrés d’hormones et de graisses. Ou alors selon des convictions plus écologiques.
      Quoi qu’on en dise j’ai l’impression que la consommation « responsable » est de plus en plus présente au quotidien, et pas forcément pour les végétariens ou les végétaliens.
      Ça demande du temps de changer ses habitudes mais on retrouve une certaine sérénité quand on est, comme tu le dis, en accord avec sa façon de penser :).

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